Qui fabrique les dessins animés ?

Qui fabrique les dessins animés ?

10 octobre 2016 Non Par stephanie

Double Mètre Animation : le stop-motion instinctif

Installé depuis 2010 dans le Gers, le studio de création et d’animation Double Mètre a été créé en 2003 par Florian Duval. Il compte à son actif la série Les Devinettes de Reinette, en animation pâte à modeler (52 x 3 min), diffusée sur CANAL+. Le studio travaille sur plusieurs autres développements en stop-motion, dont Kiwi Brothers et Les Potofeu de l’amour.

« La mixité des techniques est venue logiquement, parce qu’en partie liée à des contraintes de temps et d’argent », concède Florian Duval. Si réaliser des programmes transgenres est « très intéressant » pour celui-ci, il précise que « cela doit passer par une phase de préproduction cruciale et la plus élaborée possible, afin de laisser un maximum de liberté aux animateurs ».

Produite par Double Mètre Animation et Xbo films pour France 5, Kiwi : Let’s Play English est une série d’éveil à l’anglais pour les 4-6 ans à travers les aventures de deux drôles d’oiseaux. En parallèle, les mots prononcés par la voix off apparaissent à l’écran en images de synthèse (Photoshop pour le design, After Effets pour le compositing). Pour faciliter la production, décision a été prise d’alléger le dispositif physique : « La lumière est difficile à gérer en stop-motion. Aussi, nous avons choisi d’enlever tout décor d’arrière-plan et de travailler sur fond blanc. On a fabriqué une grande boîte à lumière, avec un éclairage LED qui garantit une stabilité parfaite du niveau d’éclairage. »

Toujours dans une optique d’épure, producteur et réalisateur ont pris l’option radicale de ne plus jouer avec les mouvements de caméra : une seule, fixe, permet de capter les épisodes. Florian Duval n’y voit pas un signe de facilité : « Au contraire, nous avons dû créer une grande bibliothèque d’accessoires dans tous les matériaux possibles, en fonction des épisodes. Et comme Twiki et Twini, les deux oiseaux, sont muets, hormis quelques onomatopées, ils se doivent d’être très expressifs, ce qui nous a demandé de produire des éléments comme les yeux, les becs, selon différents modes d’expression, tous en résine teintée. »

La série Kiwi est tournée sur huit plateaux, dont six intègrent un fond blanc et deux un fond vert pour les incrustations de mots. « Avec ce dispositif hybride et léger, on parvient à produire une minute d’animation par jour, soit un épisode par semaine, ce qui est assez rapide, mais chaque image tournée est quasiment définitive », conclut Florian Duval.

‘Dimitri’ : l’Afrique en Bretagne avec Vivement Lundi !

« Le stop-motion est une bonne technique lorsqu’on vit sur un territoire qui n’a pas d’école d’animation et qu’il n’y a pas de filière professionnelle pérenne », estime Jean-François Le Corre, producteur et fondateur du studio rennais Vivement Lundi !, créé en 1998. « Par contre, il est facile de constituer des équipes de tournage issues du documentaire, car le mode de fabrication des images est similaire. »

Conscient de l’image plutôt négative que véhiculait alors l’animation image par image, le producteur s’est « engouffré » dans le créneau des interprogrammes pour les chaînes thématiques, qui n’avaient pas suffisamment de recettes publicitaires pour caler leurs grilles de programmes. « À partir de 2004, on a commencé à tisser un réseau avec nos homologues européens, dont Nadasdy Film en Suisse et Beast Animation en Belgique. »La société de production s’est équipée d’un plateau de tournage de 80 m² et de Nikon D1 pour se lancer dans la fabrication de programmes.

Après plusieurs œuvres multiprimées, Vivement Lundi ! est passée à une autre étape avec Dimitri, un projet ambitieux écrit par Agnès Lecreux et Jean-François Le Corre, qui allie une série TV en stop-motion (26 x 5 min), un spécial TV (26 min) et une web-série (26 x 2 min). « Le personnage principal, Dimitri, est un passereau oublié par ses parents lors de leur migration. Il échoue dans la plaine d’Ubuyu, en Afrique, où il vivra plein d’aventures », explique Jean-François Le Corre.

Pour concrétiser cet univers naturellement immense, la production a installé quinze plateaux (dont huit en France) pour des décors de 50 à 80 m² et fabriqué, pour les dix-sept personnages de la série, plus de 90 marionnettes à deux échelles distinctes, selon que l’on est en plan large ou serré. Makeba, la girafe, fait 80 cm de haut, tandis que l’éléphant ne pèse « que » huit kilos. L’équipe, qui a tourné pendant quinze mois jusqu’en mars 2014, était constituée de quatre réalisateurs et vingt-deux animateurs, pour une équipe globale de 120 personnes. « Pour parvenir à produire sept secondes d’animation par animateur et par jour, nous avons dû faire les 2 x 8 heures avec rotation des équipes », précise le producteur Mathieu Courtois, qui évoque l’importance des rigs pour faire tenir les animaux sur les plateaux. « Leur effacement en postproduction était un point dont j’avais négligé l’importance jusqu’alors. »

Vivement Lundi ! a produit 70 % de l’animation, 40 % du compositing, ainsi que le storyboard, l’animatique, les effets spéciaux, le développement et la production de la web série. Coproducteur, Nadasdy Film a pris 60 % du compositing et 50 % de coproduction sur la web-série. Enfin, Beast Animation a finalisé les 30 % d’animation restants. Le coût de fabrication pour la série et le spécial TV est de 16 000 € la minute, soit 2,5 M€ au total, avec une partie française à hauteur de 1,720 M€ (dont 716 K€ de France Télévisions). La série Dimitri sera diffusée sur France 5 dans l’émissionLes Zouzous.

Moving Puppet : l’hybridation tous azimuts

Moving Puppet est une société de production indépendante française, spécialisée dans la création de programmes d’animation hybrides mixant marionnettes live, stop-motion, live action et animation 2D/3D. Le studio a été créé en 2006 par trois associés, fans de Jim Henson(Les Muppets), suite à un constat général : « Nous nous sommes très vite confrontés au fait qu’en tant que créateurs, il nous était impossible de trouver un producteur qui accepte de financer nos projets », expliquent Jérôme Brizé et Jérôme Clauss.

« Dès le départ, nous souhaitions aussi nous appuyer sur notre outil de production et avons ouvert un studio de 700 m² à Aubervilliers, dans la banlieue parisienne », rappelle le producteur délégué Jérôme Brizé. Le studio inclut un plateau de 500 m², un cyclo, un atelier, un espace de postproduction image et son, ainsi que des bureaux. « L’avantage est d’avoir la maîtrise optimale des coûts et des délais sur nos séries. »

La marionnette ayant une image un peu « poussiéreuse » auprès des chaînes de télévision françaises, Moving Puppet a pris l’option « d’enjoliver l’image », en y ajoutant d’autres techniques d’animation. Après un premier essai pour Miam Miam la moucheen 2006, le studio récidive en répondant en 2009 à un appel d’offres de CANAL+ en recherche de nouvelles séries cartoon. Elle diffusera quatre saisons de Gorg et Lala,une série de 70 x 7 min avec des marionnettes. Le studio produira également deux saisons de la série Chris & Mas, qui mêle acteurs, marionnettes et décors 2D.

En 2013, Moving Puppet reprend le personnage créé par Denis Dugas, Gribouille (Doodleboo en anglais), pour une toute nouvelle série de 52 x 5 min qui mélange 2D, 3D, marionnettes sur plateau, capture de mouvement et réalité augmentée. À chaque épisode, Gribouille, accompagné de Minimine le feutre et Bulle le poisson rouge, éveille les plus jeunes au dessin. Le cœur de l’épisode est la démonstration par Gribouille que dessiner peut devenir un jeu d’enfant. Sur le plateau, la marionnette, « incarnée » par un acteur, joue devant un fond vert. « Très vite, on a estimé qu’il fallait une réelle complicité entre Gribouille et Minimine, ce qui était difficile, car celui-ci n’existait pas sur le plateau »,concède Jérôme Clauss.

Pour parvenir à un tel niveau d’interaction, le plateau a été séparé en deux ! D’un côté, la marionnette et le décor physique filmés en caméra réelle, de l’autre, le personnage 3D tourné en capture de mouvement. Enfin, la caméra virtuelle permet d’intégrer le tout dans les décors 3D. « Ensuite, le blink et l’animation labiale sont gérés en postanimation. » Synchroniser caméras virtuelle et réelle a été rendu possible par l’unité de lieu. « Les temps de production ont été très ralentis au départ, car nous testions et améliorions en même temps nos outils. Aujourd’hui, nous avons pu les réduire de façon drastique, même si c’est une course permanente contre les productions 3D et face aux chaînes qui ne veulent plus attendre trois ans avant de diffuser leurs séries », confirme Jérôme Brizé. Actuellement, le coût de fabrication est de l’ordre de 6 500 € la minute,« soit moins que l’animation traditionnelle ».Les premiers épisodes seront diffusés à la rentrée 2014 sur CANAL+ FAMILY.